Sommaire
  1. Les 4 niveaux
  2. Saturation à zéro
  3. 21, 71, 7
  4. Le Mixeur RGB
  5. Filtres colorés
  6. Ordre des nœuds
  7. Sculpter le contraste
  8. Grain et virage
  9. Garder une couleur
  10. Toute la timeline
  11. Passage progressif
  12. Dès le tournage
  13. Quelle méthode ?
  14. 5 mythes
  15. Erreurs fréquentes
  16. Gratuit ou Studio ?
  17. Conclusion
  18. FAQ

Tu as tourné une scène et tu la vois déjà en noir et blanc. Tu ouvres DaVinci Resolve, tu passes sur la page Étalonnage, tu descends la Saturation à 0… et l'image tombe à plat. Le visage se confond avec le mur, le ciel si beau en couleur devient une bouillie gris clair, la veste rouge de ton personnage se perd dans le feuillage. Techniquement, rien n'est faux. Mais ce n'est pas l'image que tu avais en tête.

Je vais être honnête avec toi : il y a un peu plus d'un an, sur cette même page, je t'expliquais exactement ça. Saturation à 0, un peu de contraste, terminé. Ce n'était pas faux, c'était incomplet. Ce que j'ai compris depuis, en lisant de près le manuel de DaVinci Resolve 21, c'est que la saturation à 0 n'est pas « le » noir et blanc. C'est un mélange de couleurs précis, figé à l'avance, calqué sur la sensibilité moyenne de l'œil humain. Le manuel le dit sans détour : ce réglage donne un résultat identique au Mixeur RGB en mode Monochrome, laissé à ses valeurs par défaut. Autrement dit, quand tu désatures, tu laisses le logiciel décider à ta place comment ton ciel, ta peau et ta végétation deviennent des gris.

Un beau noir et blanc, ce n'est pas une couleur qu'on enlève. C'est une suite de décisions : quelle couleur devient claire, laquelle devient sombre, où mettre le relief. Dans cet article, je te montre les deux méthodes de conversion et pourquoi elles aboutissent au même gris. Tu verras comment choisir tes gris à la manière des photographes argentiques et de leurs filtres colorés, puis comment sculpter le contraste, ajouter une texture, garder une seule couleur, convertir toute une timeline d'un coup ou glisser progressivement de la couleur au noir et blanc. Tout est natif, et l'essentiel fonctionne dans la version gratuite ; je te signalerai les rares outils réservés à Studio.

Allez, c'est parti 😄


Les 4 niveaux

Avant de cliquer où que ce soit, je veux te donner une carte. Un noir et blanc se construit en quatre niveaux, et la plupart des tutos s'arrêtent au premier.

  1. Désaturer. Retirer la couleur, point. Trente secondes, un résultat propre et neutre. C'est la saturation à 0.
  2. Interpréter. Décider comment chaque couleur se transforme en gris. Le rouge doit-il ressortir clair ou sombre ? Le ciel doit-il peser sur l'image ou s'effacer ? C'est le rôle du Mixeur RGB.
  3. Sculpter. Travailler le contraste : où sont les noirs, où sont les blancs, comment se répartissent les tons moyens, quelles zones méritent d'être éclaircies ou assombries localement.
  4. Finir. Ajouter une texture, un léger virage de couleur, un vignettage. Ce qui transforme une image désaturée en une image qui a une intention.

L'ordre compte, et pas seulement par goût. Prends un exemple simple : un visage devant un mur. En couleur, ils se séparent sans effort, parce que la peau est orangée et le mur bleu-gris. En noir et blanc, il ne reste qu'une seule information : la clarté. Si ta conversion donne au visage et au mur le même gris, aucune courbe de contraste ne pourra les séparer ensuite. Une courbe transforme des valeurs de luminosité. Deux zones de même valeur reçoivent forcément le même traitement. La séparation doit donc se décider au niveau 2, pendant la conversion, avant de passer au niveau 3.

C'est pour ça que je te déconseille de foncer sur le contraste dès que l'image est grise. D'abord tu interprètes, ensuite tu sculptes. Si tu inverses les deux, tu passes ton temps à compenser avec des masques ce qu'un curseur aurait réglé en deux secondes.


Saturation à zéro

On commence par la méthode que tout le monde connaît, parce qu'elle a sa place et parce qu'elle va servir de point de comparaison.

Sur la page Étalonnage, sélectionne ton plan. Dans l'arbre des nœuds, ajoute un nouveau nœud après celui où tu as fait tes corrections de base : clic droit, Ajouter un nœud correcteur en série, ou Alt+S (Option+S sur Mac). Je te conseille de le renommer tout de suite : clic droit sur le nœud, Changer le libellé, et tu tapes « N&B ». Quand tu en auras huit dans l'arbre, tu seras content de savoir lequel fait quoi.

Ouvre ensuite la palette Primaires - Roues colorimétriques. Dans la rangée de curseurs du bas, tu trouves Saturation. Le manuel décrit précisément son comportement : 50 est la valeur neutre, celle qui laisse l'image intacte. Au-dessus, la couleur s'intensifie jusqu'à être doublée à 100. En dessous, elle diminue jusqu'à 0, où l'image est complètement désaturée. Descends le curseur jusqu'à 0. Ton plan est en noir et blanc.

Vérifier aux scopes

Prends l'habitude de contrôler, même sur un geste aussi simple. Ouvre la Parade : elle affiche côte à côte les formes d'onde du rouge, du vert et du bleu. Sur une image parfaitement désaturée, les trois tracés deviennent identiques, puisque chaque pixel a désormais la même valeur dans les trois canaux. Passe ensuite sur le Vectorscope : le manuel rappelle que son centre représente une saturation nulle. Toute la trace doit s'y ramasser en un point. Si elle déborde encore, c'est qu'un nœud placé après le tien réintroduit de la couleur. Si tu veux revoir la lecture de ces outils en détail, j'ai écrit un article entier sur la façon de lire les scopes dans DaVinci Resolve.

Quand elle suffit, et quand elle ne suffit pas

La saturation à 0 est parfaite quand tu veux un résultat rapide et neutre : un plan d'archive, un test, une maquette, ou une image dont les couleurs se transforment déjà bien en gris. Elle a un seul défaut, mais il est de taille : elle décide pour toi. Tu ne choisis pas si le ciel sera dense ou léger, si la peau sera lumineuse ou mate. Tu acceptes un mélange standard. Et pour comprendre ce mélange, il faut ouvrir le manuel à la bonne page.


21, 71, 7

C'est le cœur de l'article, et il tient en un passage du manuel. Il se trouve au chapitre 133, consacré au Mixeur RGB, page 3242 de l'édition 21.

Le manuel part d'une norme vidéo, le Rec.709, le standard de la vidéo haute définition. Pour imiter la sensibilité de l'œil humain aux différentes longueurs d'onde, cette norme définit la luminance, notée Y′, comme un mélange pondéré des trois canaux : 0,2126 du rouge, 0,7152 du vert et 0,0722 du bleu. Quand tu coches la case Monochrome du Mixeur RGB, les curseurs partent justement de ces valeurs, arrondies au pourcentage : 21, 71 et 7. À l'écran, tu lis 0.21, 0.71 et 0.07 sous les curseurs.

CanalPoids Rec.709 dans la luminanceValeur de départ en Monochrome
Rouge0,212621
Vert0,715271
Bleu0,07227

Et voici la phrase qui change tout. Je te la traduis fidèlement : c'est « la méthode standard pour obtenir une version noir et blanc d'une image couleur, et elle produit en fait des résultats identiques à ceux obtenus en réglant le paramètre Saturation sur 0 ».

Relis-la doucement. Les deux méthodes que les tutos te présentent comme différentes, la saturation et le mixeur, donnent le même résultat, selon le manuel. La saturation à 0 revient au Mixeur RGB réglé sur une seule recette, celle de l'œil moyen. Le mixeur, lui, te laisse changer cette recette.

Ce que ces chiffres veulent dire pour ton image

Regarde les poids : le vert pèse à lui seul près des trois quarts du résultat, le rouge environ un cinquième, le bleu presque rien. Conséquence directe : avec la recette par défaut, un vert franc ressort plutôt clair, un rouge très saturé ressort plutôt sombre, et un bleu très saturé encore plus sombre. Ce n'est ni bien ni mal. C'est un parti pris, celui de la perception humaine moyenne, et c'est un excellent point de départ. Mais ce n'est qu'un point de départ.

Le manuel enchaîne d'ailleurs aussitôt dans ce sens. Il précise qu'il a toujours existé d'autres façons de traduire les couleurs du réel en niveaux de gris, et il illustre la page avec trois versions monochromes de la même image. La légende indique que celle du haut est le résultat de la saturation à 0. Les deux autres sont tout aussi « justes ». Elles racontent simplement autre chose.

Il y a une dernière idée dans ce passage, simple mais éclairante : chaque canal d'une image est déjà, en lui-même, une image en niveaux de gris. Le canal rouge, c'est une photo en noir et blanc de « combien de rouge il y a à chaque endroit ». Idem pour le vert et le bleu. Le mixeur ne fabrique donc rien. Il choisit seulement combien de chacune de ces trois images entre dans le gris final.


Le Mixeur RGB

Passons à la pratique. C'est ici que tu reprends la main sur tes gris.

Un mot sur le nom, parce qu'il te fera gagner du temps si tu cherches la palette : dans l'interface française, elle s'appelle bien Mixeur RGB, avec les lettres anglaises, et non « mixeur RVB » comme l'écrit pourtant la page française de Blackmagic.

Activer le mode Monochrome

Dans ton nœud « N&B », commence par remettre la Saturation sur 50 si tu l'avais descendue. C'est important, et je t'explique pourquoi juste après. Ouvre ensuite la palette Mixeur RGB et coche la case Monochrome. La page officielle de Blackmagic en français résume le geste en une phrase : « Cochez la case Monochrome et réglez la luminance des canaux RVB. »

Le manuel décrit ce qui se passe à l'écran. En mode couleur, chaque canal de sortie possède trois curseurs, un par canal d'entrée. Quand tu coches Monochrome, deux curseurs de chaque groupe se désactivent. Il ne reste que trois commandes, une par groupe, sous les titres Canal rouge, Canal vert et Canal bleu : rouge vers rouge, vert vers vert, bleu vers bleu. Ce sont tes trois dosages. Chaque curseur va de −2,00 à +2,00. Le manuel donne la correspondance : descendre un curseur à −0,24 revient à soustraire 24 % du canal concerné. Une valeur de 0,21 correspond donc à 21 % du canal, et 1,00 au canal entier. Et oui, tu peux aller en négatif : le manuel précise qu'en mode Monochrome aussi, tu peux soustraire un canal des autres pour des effets plus marqués.

Le piège à éviter d'entrée

Pourquoi remettre la saturation à 50 ? Parce que si ton image arrive déjà désaturée dans le mixeur, par exemple parce que tu as laissé la saturation à 0 dans un nœud placé avant, les trois canaux qu'il reçoit sont strictement identiques. À ce moment-là, peu importe comment tu bouges les curseurs : mélanger trois copies du même gris ne donne que ce même gris, plus clair ou plus sombre. Le mixeur ne peut interpréter que des couleurs qu'il reçoit encore. Donc une règle simple : c'est l'un ou l'autre, jamais les deux.

Regarder chaque canal seul

Voici le geste qui m'a fait gagner le plus de temps, et il découle directement de l'idée du manuel que chaque canal est déjà une image en gris. Avant de doser quoi que ce soit, regarde tes trois canaux un par un. Mets le curseur du rouge à 1,00 et les deux autres à 0 : tu vois le canal rouge brut. Puis fais la même chose pour le vert, puis pour le bleu.

En dix secondes, tu sais tout. Tu vois dans quel canal ton ciel est le plus sombre (souvent le rouge, puisqu'un ciel bleu contient peu de rouge), dans quel canal la peau est la plus claire et la plus lisse, dans quel canal la végétation se détache, et lequel est le plus bruité ou le plus abîmé par la compression. Ton dosage final ne sera rien d'autre qu'un compromis entre ces trois images. Autant les avoir vues.

Doser sans dérégler la luminosité

Une fois tes trois canaux observés, tu composes ton mélange. Voici une règle de calcul que je m'applique, et qui n'est pas une consigne du manuel mais une simple conséquence de l'arithmétique : garde la somme de tes trois curseurs autour de 1,00. Un gris neutre a la même valeur dans les trois canaux. Après le mixeur, sa valeur est multipliée par la somme de tes trois dosages. Si la somme vaut 1,00, comme 0,21 + 0,71 + 0,07 à peu près, les gris neutres gardent leur luminosité. Si tu montes le rouge à 0,60 sans toucher au reste, la somme dépasse 1,30 : toute l'image s'éclaircit et tes hautes lumières risquent l'écrêtage. Tu crois avoir changé l'interprétation, tu as surtout changé l'exposition.

Deuxième conséquence du calcul : un curseur au-dessus de 1,00 amplifie son canal, et il amplifie aussi tout ce que ce canal contient de bruit et de défauts de compression. Si le canal que tu pousses était déjà granuleux quand tu l'as regardé seul, ça va se voir. Contrôle toujours en zoomant dans le viewer avant de valider.

L'exemple du manuel, et celui de Blackmagic

Le manuel donne un exemple concret de mélange : augmenter le bleu et baisser le rouge et le vert donne aux peaux un aspect plus sombre, avec un éclat métallique. C'est logique : la peau contient beaucoup de rouge et peu de bleu. Si tu privilégies le bleu, elle s'assombrit.

La page française de Blackmagic propose l'exemple inverse, côté paysage : « Vous pouvez par exemple mettre des arbres en blanc pour qu'ils ressortent bien contre un ciel noir. » Traduit en curseurs, ça veut dire monter fortement le vert (les arbres sont clairs dans ce canal) et baisser le bleu, voire le soustraire (le ciel est très clair dans ce canal, donc le retirer l'assombrit).

Revenir au départ

Si tu t'es perdu, le bouton de réinitialisation, en haut à droite de la palette, remet chaque curseur à sa position par défaut. Le manuel décrit les valeurs du mode couleur : 1,00 pour rouge vers rouge, vert vers vert et bleu vers bleu, et 0 pour tous les autres. Pour le mode Monochrome, il ne précise pas la position de retour : après un clic, regarde les valeurs affichées avant de repartir.

Une dernière précision sur une option que tu croiseras dans cette palette : la case Conserver la luminance, juste à côté de Monochrome. Le manuel la décrit pour le mode couleur : quand elle est active, baisser un canal fait automatiquement remonter les deux autres pour que la luminosité générale ne bouge pas. Son comportement précis en mode Monochrome n'est pas détaillé dans le manuel, donc je ne m'appuie pas dessus pour le noir et blanc. La règle de la somme à 1,00 fait le même travail, et tu sais exactement ce qui se passe.


Filtres colorés

Si tout ça te paraît abstrait, rassure-toi : les photographes résolvaient exactement ce problème il y a cent ans, avec un objet très simple. Un filtre coloré vissé devant l'objectif.

Le manuel de DaVinci Resolve fait lui-même le lien. Il rappelle que les photographes utilisaient des filtres colorés avec leurs pellicules noir et blanc, par exemple un filtre jaune-vert pour mettre en valeur la carnation des peaux claires. Et il cite un exemple plus ancien encore : les pellicules orthochromatiques, qui n'étaient pas sensibles aux longueurs d'onde rouges et n'enregistraient que le bleu et le vert.

Le principe physique

Un filtre coloré laisse passer sa propre couleur et bloque en grande partie sa couleur complémentaire, celle qui lui fait face sur le cercle chromatique. Sur la pellicule, tout ce qui a la couleur du filtre reçoit donc davantage de lumière et ressort plus clair. Tout ce qui a la couleur complémentaire en reçoit moins et ressort plus sombre. Un filtre rouge éclaircit les rouges et assombrit les cyans et les bleus. Un filtre vert éclaircit la végétation et assombrit les rouges et les magentas.

Le Mixeur RGB fait exactement la même chose, mais après coup. Privilégier un canal, c'est poser le filtre de cette couleur. Réduire un canal, c'est le filtrer. Et tu as un luxe que les photographes n'avaient pas : tu peux changer de filtre autant de fois que tu veux, sur le même plan, sans retourner sur le tournage.

La table des filtres émulés

Voici comment émuler les filtres classiques au mixeur. Une précision importante : les valeurs de la troisième colonne sont des points de départ indicatifs que je te propose, construits pour que la somme fasse 1,00. Ce n'est pas une recette officielle de Blackmagic, et elles ne donneront pas le même résultat sur toutes les images. Tu poses le point de départ, puis tu ajustes à l'œil et aux scopes.

Filtre émuléSens des curseursPoint de départ indicatif (R / V / B)Effet typique
Aucun (référence Rec.709)Valeurs par défaut0,21 / 0,71 / 0,07Rendu neutre, identique à la saturation à 0
JauneBleu réduit, rouge légèrement monté0,30 / 0,70 / 0,00Effet discret : ciel bleu un peu plus dense, rendu naturel
OrangeRouge monté, bleu supprimé0,50 / 0,50 / 0,00Ciel nettement assombri, peaux claires et douces
RougeRouge dominant, vert réduit, bleu supprimé0,80 / 0,20 / 0,00Ciel bleu très sombre, nuages qui ressortent, peaux lumineuses, végétation assombrie : rendu dramatique
VertVert dominant, rouge et bleu réduits0,10 / 0,85 / 0,05Feuillages clairs et détaillés, rouges et peaux plus sombres, teint plus marqué
BleuBleu dominant, rouge et vert réduits0,05 / 0,25 / 0,70Ciel très clair, presque blanc, peaux plus sombres à l'éclat métallique (l'exemple du manuel)
OrthochromatiqueRouge à zéro, vert et bleu seuls0,00 / 0,60 / 0,40Rouges très sombres (lèvres, peau), ciel clair : rendu des débuts du cinéma

Deux remarques pour lire cette table. Le jaune est le plus discret des filtres, et c'est normal : la recette par défaut ne donne déjà que 7 % au bleu, donc le retirer complètement ne change pas énormément l'image. À l'autre bout, le rouge et l'orthochromatique sont des choix forts. Le rouge peut aller jusqu'au canal rouge seul (1,00 / 0 / 0) si tu cherches un ciel presque noir, mais regarde alors attentivement le bruit, puisque tu te prives des deux autres canaux pour le moyenner.

Choisir un filtre selon ton sujet

Plutôt que de tester les six au hasard, pose-toi une seule question : qu'est-ce qui doit ressortir dans mon image ?


La fiche mémo La couleur

Fiche mémo La couleur : teinte, saturation, luminosité, couleurs primaires et secondaires, combinaisons chromatiques

Couleurs primaires, complémentaires, teinte, saturation, luminosité : tout ce qu'il faut avoir en tête pour savoir quel canal pousser et quelle couleur va s'assombrir. À garder à côté du Mixeur RGB.

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Ordre des nœuds

Tu sais maintenant convertir. Reste une question qui fait la différence entre un noir et blanc maîtrisé et un noir et blanc qui « marche à peu près » : où placer la conversion dans l'arbre des nœuds.

Le manuel pose le principe en une phrase : l'ordre dans lequel les nœuds sont connectés affecte le résultat de l'étalonnage. Chaque nœud travaille sur l'image que lui transmet le précédent. Pour un noir et blanc, voici l'enchaînement que je te recommande :

  1. Corrections de base : exposition et balance des blancs, comme pour une image couleur.
  2. Conversion : le Mixeur RGB en Monochrome, ou la saturation à 0.
  3. Contraste : Contraste, Pivot, courbes, sur l'image déjà en gris.
  4. Retouches locales : zones éclaircies ou assombries avec des Power Window.
  5. Finitions : virage de couleur, vignettage, texture.

Pourquoi corriger la couleur d'une image qui va finir en gris

C'est la question que tout le monde se pose, et elle est légitime. La réponse tient au fonctionnement du mixeur : il dose des canaux. Si ton image a une dominante orangée, ton canal rouge est gonflé partout. Avec un mélange qui privilégie le rouge, toute ton image va s'éclaircir de façon imprévisible, et ta peau ne réagira pas comme tu l'attends. En neutralisant d'abord la dominante, tu donnes au mixeur des canaux sains. Ses curseurs réagissent alors de manière prévisible, et un réglage qui marche sur un plan marchera sur le plan suivant.

Ça ne veut pas dire qu'une correction placée avant la conversion « se perd ». Au contraire : tout ce que tu fais en amont modifie les valeurs des canaux, donc modifie les gris. Ce qui disparaît, c'est la couleur en tant que couleur. Tu peux même t'en servir volontairement : réchauffer un peu l'image avant un mélange riche en rouge éclaircit encore les peaux.

La règle qui en découle

Tout ce qui est coloré avant la conversion change les gris, puis s'efface. Tout ce qui est coloré après la conversion teinte l'image. C'est pour ça que le virage sépia se place à la fin, et pour ça qu'une correction de couleur oubliée dans un nœud placé après ta conversion réintroduit une dominante dans ton noir et blanc. Le vectorscope te le dit immédiatement : la trace quitte le centre.

Si la logique des nœuds en série, en parallèle et en couches n'est pas encore claire pour toi, je l'ai détaillée dans l'article pour maîtriser les nœuds colorimétriques. Et si tu veux revoir l'ordre complet d'un étalonnage, de la gestion des couleurs aux finitions, il est dans mon guide de l'étalonnage pour débuter.


Sculpter le contraste

En couleur, une image peu contrastée peut rester lisible grâce aux teintes : un visage orangé se détache d'un fond bleu même si les deux ont la même clarté. En noir et blanc, ce filet de sécurité disparaît. Le contraste de luminosité devient ta seule façon de séparer les choses, de guider le regard et de donner du relief. C'est pour ça qu'un noir et blanc se sculpte, et qu'il supporte souvent plus de contraste qu'une image couleur.

Contraste et Pivot

Ajoute un nœud après ta conversion. Dans la palette Primaires - Roues colorimétriques, la rangée du haut te donne Contraste et Pivot. Le manuel explique que le Contraste écarte ou rapproche les parties sombres et claires de l'image autour d'un point central, et que ce point central, c'est le Pivot. Une image sombre demande souvent un Pivot plus bas, pour ne pas écraser les ombres quand tu augmentes le contraste. Une image claire peut profiter d'un Pivot plus haut, pour donner de la densité aux ombres.

Détail utile que peu de gens connaissent : un réglage des paramètres du projet, activé par défaut, fait travailler le Contraste selon une courbe en S. Le manuel précise que, grâce à lui, les ombres et les hautes lumières ne sont pas écrêtées quand tu montes la valeur. Tu peux donc pousser le contraste plus franchement qu'on ne le croit, sans brûler tes blancs d'un coup.

Les courbes personnalisées

Pour aller plus loin, passe aux courbes personnalisées (Custom curves en anglais). Le manuel les décrit comme un réglage fin de chaque canal, Y, R, V et B. Au départ, la courbe est une simple diagonale, du noir en bas à gauche au blanc en haut à droite. Tu ajoutes des points, tu les montes ou les descends, et tu redistribues les tons comme tu l'entends.

Par défaut, les courbes des quatre canaux sont liées entre elles. Pour un noir et blanc, c'est exactement ce que tu veux : comme les trois canaux sont identiques, une courbe liée garde l'image parfaitement neutre. La courbe en S classique, un point qui descend dans les ombres et un point qui monte dans les hautes lumières, renforce le contraste des tons moyens, là où se trouvent les visages et la plupart des détails.

Des noirs doux pour un rendu argentique

Un noir et blanc moderne n'a pas forcément des noirs d'encre. Pour un rendu plus doux, plus « tirage papier », remonte légèrement le point noir. Le manuel l'explique : tirer vers le haut le point de contrôle en bas à gauche de la courbe revient à remonter le noir de l'image, comme un réglage du Lift. Tes ombres les plus profondes deviennent un gris très sombre, et l'image gagne en douceur. À doser avec retenue : trop, et tu obtiens une image délavée.

À l'autre bout, si tes hautes lumières se mettent à brûler quand tu pousses le contraste, le manuel décrit des commandes d'écrêtage doux sous les courbes personnalisées (Soft Clip en anglais). Elles appliquent un « genou » aux extrémités du signal et récupèrent du détail dans les zones qui saturent.

Attention aux courbes trop raides

Le manuel met en garde contre les ajustements de courbe trop brusques, ou avec des points trop rapprochés : ils peuvent créer des cassures dans les dégradés et des zones aplaties, voire solarisées. En noir et blanc, c'est particulièrement visible, parce qu'aucune variation de couleur ne vient masquer la cassure. Surveille de près les grands aplats progressifs : un ciel, un mur éclairé en rasant, un fond de studio.

Le contraste local

Les photographes argentiques passaient des heures sous l'agrandisseur à éclaircir un visage et à assombrir les bords du tirage. Dans DaVinci Resolve, ça s'appelle une Power Window. Dans un nouveau nœud, pose une forme Circulaire sur le visage et remonte très légèrement sa luminosité. Dans un autre, une forme Dégradé sur le ciel pour lui donner du poids. Le regard va là où c'est le plus clair. En noir et blanc, c'est ton outil principal de mise en scène. J'ai détaillé le geste complet, avec le suivi d'un sujet en mouvement, dans l'article pour corriger la peau sans toucher au reste de l'image.

Juger à la forme d'onde

Pendant tout ce travail, garde la Forme d'onde ouverte. En noir et blanc, elle te montre exactement ce que tu sculptes : la répartition des gris de bas en haut. Un repère simple : la plupart des noirs et blancs gagnent à avoir quelque part un vrai noir et quelque part un vrai blanc, pour que l'œil ait une référence. Ce n'est pas une obligation. Une image volontairement grise et brumeuse, ou très claire, peut être un choix. Mais que ce soit un choix, pas un accident.


La fiche mémo Le contraste

Fiche mémo Le contraste : contraste de luminosité, de saturation et de teinte, cercle chromatique et couleurs complémentaires

En noir et blanc, il ne reste qu'un seul contraste : celui de la luminosité. La fiche explique les différents types de contraste et pourquoi un sujet se détache, ou se perd, sur son fond.

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Grain et virage

Ton image est convertie et sculptée. Le niveau 4, c'est la finition : ce qui donne une matière à ton noir et blanc.

Le grain

Un noir et blanc numérique très propre peut paraître clinique. Un peu de grain lui donne de la matière et rappelle la pellicule. Et c'est ici que se trouvent les outils réservés à Studio annoncés en introduction : l'effet Film Grain des Resolve FX est marqué « Studio Version Only » dans le manuel de DaVinci Resolve 21, tout comme le Film Look Creator, qui regroupe grain, halo et autres simulations de film. Si tu travailles en version gratuite, ces deux effets ne sont pas disponibles.

En version gratuite, la voie classique consiste à superposer un vrai scan de grain de pellicule, de préférence monochrome, sur une piste au-dessus de ton plan, sur la page Montage. Dans l'Inspecteur, la section Compositing te permet de choisir un mode de fusion et de baisser l'opacité. Teste plusieurs modes à l'œil : le bon est celui où le grain se mêle à l'image sans la griser.

Dans tous les cas, la règle est la même : le grain se juge à la taille de diffusion finale. Ce qui paraît énorme en plein écran sur ton moniteur peut devenir invisible sur un téléphone, et inversement. Regarde ton plan à la taille où il sera vu.

Le virage

Les tirages noir et blanc n'étaient pas toujours parfaitement neutres. Le sépia, le sélénium et les virages froids donnaient une légère couleur à l'image. Tu peux reproduire ça très simplement, grâce à la règle de l'ordre des nœuds : après ta conversion, tout ce qui est coloré teinte l'image.

Ajoute un nœud en fin de chaîne. Pour un sépia léger, pousse très doucement la roue Gain vers l'orangé : les hautes lumières se réchauffent. Pour un virage partagé, refroidis légèrement le Lift vers le bleu et réchauffe le Gain : les ombres deviennent froides, les lumières chaudes. Comme ton image a désormais la même valeur dans les trois canaux, le décalage s'applique de façon parfaitement régulière à chaque zone de tons. Le vectorscope te montre la direction et l'intensité de ta teinte : la trace quitte le centre vers la couleur choisie.


Garder une couleur

C'est l'effet qu'on te demande forcément un jour : tout en noir et blanc, sauf une robe rouge, un parapluie jaune, un bouquet de fleurs. On l'appelle souvent « couleur sélective ». Dans DaVinci Resolve, il se construit en trois nœuds, avec des outils gratuits.

Étape 1 : isoler la couleur

Ajoute un nœud, sans y faire aucune correction. Ouvre le Sélecteur - HSL, prends la pipette et clique sur la couleur à garder dans le viewer. DaVinci fabrique un masque avec tout ce qui ressemble à cette couleur. Affiche le masque pour voir ce qui est retenu, puis affine les plages de teinte, de saturation et de luminance jusqu'à ne garder que ton objet. Ce nœud ne sert qu'à fabriquer la sélection.

Étape 2 : inverser

Fais un clic droit sur ce nœud, puis Ajouter un nœud > Ajouter un nœud inversé. DaVinci crée un nouveau nœud juste après, qui reçoit automatiquement la sélection du précédent, mais inversée. Le manuel explique la mécanique : un nœud inversé n'est qu'un nœud correcteur ordinaire dont l'inversion de l'entrée de clé est activée d'office. Tout ce que tu y fais s'applique donc à tout sauf ta couleur.

Étape 3 : désaturer le reste

Dans ce nœud inversé, descends la Saturation à 0, ou active le Mixeur RGB en Monochrome si tu veux contrôler tes gris. Tout le plan passe en noir et blanc, sauf ta robe rouge. Et puisque c'est un vrai mixeur, tout ce que tu as appris plus haut s'applique : tu peux choisir ton filtre pour le reste de l'image.

Les finitions qui font la différence

Le premier essai est rarement propre, et c'est normal. Trois réglages règlent presque tout. D'abord, adoucis la sélection : un bord trop net crée un liseré coloré ou un contour dur autour de l'objet. Ensuite, si d'autres éléments partagent la même couleur, ajoute une Power Window dans le nœud de sélection : quand une fenêtre et le Sélecteur travaillent dans le même nœud, seule leur zone commune est retenue. Enfin, si l'objet bouge, fais suivre la fenêtre avec la palette Tracker.

Méfie-toi particulièrement des rouges et des oranges : la peau en contient beaucoup. En sélectionnant une robe rouge, tu attrapes souvent aussi les lèvres et une partie des visages. La Power Window est alors indispensable. À titre d'information, il existe un outil qui isole une personne ou un objet par intelligence artificielle, le Magic Mask, mais il est réservé à la version Studio. La méthode manuelle, elle, fonctionne partout.


Toute la timeline

Tu montes un court-métrage entièrement en noir et blanc, ou un clip dont toute une séquence bascule. Refaire la conversion plan par plan serait long, et surtout fragile : le jour où tu voudras changer de filtre, il faudra tout reprendre. DaVinci Resolve te propose trois façons de régler ça une seule fois.

Le mode Timeline de l'arbre des nœuds

Le manuel l'explique : l'arbre des nœuds a deux modes. Le mode par défaut crée un étalonnage individuel pour chaque plan. L'autre applique un seul étalonnage, en même temps, à tous les plans de la timeline. Tu passes de l'un à l'autre avec le menu déroulant situé en haut à droite de l'arbre des nœuds (il affiche Plan par défaut ; choisis Timeline). Le manuel ajoute un point précieux : tu peux réajuster cet étalonnage de timeline autant que tu veux, et chaque modification s'applique automatiquement à tous les plans.

Le manuel décrit même le flux de travail idéal, avec l'exemple d'un spot publicitaire : faire les corrections et l'harmonisation scène par scène au niveau des plans, puis appliquer le style une seule fois au niveau de la timeline. C'est exactement ce qu'il te faut pour un film en noir et blanc. Tu équilibres chaque plan dans le mode par défaut, puis tu poses ton Mixeur RGB en Monochrome, ton contraste général et ton grain dans le mode Timeline. Le jour où tu veux passer d'un filtre orange à un filtre rouge, tu changes trois curseurs, et tout le film suit.

Le plan d'effet, pour une séquence seulement

Si seule une partie de ta timeline doit passer en noir et blanc, par exemple un flashback, utilise un plan d'effet. Tu le trouves dans la Bibliothèque d'effets de la page Montage, et tu le poses sur une piste au-dessus des plans concernés, sur toute la durée de la séquence. Le manuel précise que si tu étalonnes ce plan d'effet, la modification s'applique automatiquement à tous les plans situés en dessous. Tu étalonnes donc le plan d'effet sur la page Étalonnage comme n'importe quel plan, et toute la séquence suit. Autre avantage cité par le manuel : tu peux désactiver ces plans, un par un ou la piste entière, pour revenir à la couleur en un clic.

Le nœud partagé

Troisième option, si tes plans noir et blanc sont dispersés dans le montage : fais un clic droit sur ton nœud de conversion et choisis Enregistrer comme nœud partagé. Tu l'ajoutes ensuite aux autres plans. Toute modification faite dans ce nœud se répercute sur tous les plans qui le contiennent. Un nœud partagé est verrouillé d'office à sa création, pour éviter de modifier plusieurs plans par erreur : pour le retoucher, fais un clic droit dessus et choisis Verrouiller le nœud pour lever le verrou.


Passage progressif

Dernier effet classique : la couleur qui s'évapore doucement pendant le plan, pour un souvenir, une fin, un basculement dans le passé. Il se fait avec des images clés, et le manuel prend d'ailleurs lui-même cet exemple d'une saturation qui passe de 50 à 0.

Méthode simple : animer la saturation

Ouvre le panneau Images clés, en bas à droite de la page Étalonnage. Déplie la piste de ton nœud (Correcteur 1, ou le nom que tu lui as donné) pour faire apparaître sa piste Étalonnage. Place la tête de lecture à l'endroit où la transition doit commencer, puis menu Marque > Ajouter une image clé. Laisse la Saturation sur 50. Avance la tête de lecture jusqu'à la fin de la transition, ajoute une seconde image clé et descends la Saturation à 0.

Ce sont des images clés dynamiques, représentées par un losange : le manuel les décrit comme le type d'image clé qui crée un changement animé d'un état à un autre. Entre les deux, DaVinci calcule la transition.

Un détail du manuel qui évite bien des incompréhensions : pendant la lecture, les curseurs de l'interface ne s'animent pas. Ils sautent de leur valeur de départ à leur valeur d'arrivée quand la tête de lecture atteint l'image clé suivante. Mais les réglages, eux, s'animent bien. Si tu vois le curseur rester sur 50 alors que l'image se désature, rien n'est cassé.

Avec le Mixeur RGB

La case Monochrome est un interrupteur : elle ne peut pas s'animer progressivement. Si ta conversion passe par le mixeur, anime plutôt la force du nœud. Le manuel décrit, dans la palette qui gère la clé du nœud (Key en anglais), un gain de sortie qui règle la contribution du nœud à l'étalonnage : à 1,00, le nœud agit pleinement ; à 0, il n'a plus aucun effet. Il précise que ce paramètre peut être animé par images clés pour faire apparaître ou disparaître l'effet d'un nœud. Tu poses une image clé à 0 au début, une autre à 1,00 à la fin, et ton noir et blanc sur mesure apparaît en fondu.

Adoucir la transition

Par défaut, la transition est régulière d'un bout à l'autre. Pour qu'elle démarre ou finisse en douceur, fais un clic droit sur une image clé et choisis Changer les attributs dynamiques…. La fenêtre qui s'ouvre s'intitule Type de fondu, avec deux curseurs, Début Fondu : et Fin fondu :, qui règlent l'accélération et la décélération.


Dès le tournage

Le meilleur noir et blanc se prépare avant d'arriver dans DaVinci Resolve. Quelques réflexes au tournage t'éviteront de te battre avec le mixeur.

Filmer en couleur, toujours

Même si ton film est destiné au noir et blanc, filme en couleur. Tout ce que tu viens de lire repose sur les trois canaux : le mixeur choisit combien de rouge, de vert et de bleu entrent dans chaque gris. Un fichier enregistré directement en monochrome n'a plus qu'une seule information. Tu ne pourras plus choisir ton filtre, ni assombrir ton ciel, ni éclaircir une peau par la couleur. Garde la couleur au tournage, et décide au montage.

Penser en clarté, pas en couleur

Sur le plateau, ton œil se laisse séduire par les couleurs. Une veste rouge sur un fond de feuillage vert, ça claque. Mais si la veste et le feuillage ont la même clarté, ils peuvent devenir le même gris. La bonne question n'est pas « est-ce que ces couleurs vont bien ensemble ? », mais « est-ce que mon sujet est plus clair ou plus sombre que son fond ? ». Pour les costumes et les décors, raisonne en valeurs : clair contre sombre.

La lumière fait tout

Sans la couleur, c'est la lumière qui sculpte. Une lumière latérale révèle les textures, les volumes, les rides d'un visage, le grain d'un mur. Une lumière très frontale aplatit tout. Si ta scène est pensée pour le noir et blanc, soigne la direction de ta lumière et la séparation entre ton sujet et l'arrière-plan. Protège aussi tes hautes lumières : un ciel brûlé reste un blanc sans matière, et aucun mixeur ne lui rendra de nuages.

Vérifier en direct

Si ta caméra ou ton moniteur propose un affichage monochrome, active-le pour contrôler la scène pendant que tu tournes, tout en continuant à enregistrer en couleur. À défaut, le vieux réflexe des photographes marche encore : plisse les yeux. Les couleurs s'effacent, les masses claires et sombres apparaissent.


Quelle méthode ?

Tu as maintenant toute la boîte à outils. Voici la table que j'aurais aimé avoir au début, pour choisir la bonne méthode selon ce que tu veux obtenir.

Ton besoinLa méthodeOùNiveau
Un noir et blanc rapide et neutreSaturation à 0Primaires - Roues colorimétriques1
Contrôler le rendu de la peau, du ciel, de la végétationMixeur RGB en MonochromeMixeur RGB2
Un ciel dramatique, des nuages qui ressortentFiltre rouge ou orange émuléMixeur RGB2
Du relief, des noirs profonds ou douxContraste, Pivot, courbes personnaliséesNœud après la conversion3
Guider le regard vers le sujetPower Window éclaircie ou assombrieNœuds de retouche locale3
Une matière argentiqueGrain (Studio) ou scan de grain superposé (gratuit)Resolve FX ou page Montage4
Une teinte sépia ou un virage partagéGain et Lift décalésNœud en fin de chaîne4
Garder une seule couleurSélecteur - HSL + nœud inversé désaturéArbre des nœuds2
Tout le film en noir et blancMode Timeline de l'arbre des nœudsArbre des nœuds2
Une seule séquence en noir et blancPlan d'effet étalonnéPage Montage + page Étalonnage2
La couleur qui disparaît progressivementImages clés sur la saturation, ou sur la force du nœudPanneau Images clés2

Remarque que presque toutes les lignes passent par le niveau 2. C'est voulu. La conversion est l'endroit où se prennent les décisions qui comptent. Le reste vient affiner.


5 mythes

Le noir et blanc traîne quelques idées reçues tenaces. Les voici, avec ce qu'en dit vraiment le logiciel.

« La saturation à 0, c'est le vrai noir et blanc »

C'est un noir et blanc : celui de la pondération Rec.709, calquée sur la sensibilité moyenne de l'œil. Le manuel le présente comme la méthode standard, et il montre aussitôt qu'il en existe d'autres. Aucune n'est plus « vraie » qu'une autre. Il y a celle qui sert ton image.

« Il faut un plugin payant ou un pack de LUT noir et blanc »

Certains éditeurs de plugins mettent en avant leurs effets noir et blanc payants dans leurs tutos. Rien de ce que je décris dans cet article n'en a besoin. Le Mixeur RGB, les courbes, le Sélecteur et les Power Window sont natifs. Et un preset noir et blanc, quel qu'il soit, ne fait qu'appliquer un mélange choisi par quelqu'un d'autre, sur une image qu'il n'a jamais vue.

« Le Boost poussé à fond à gauche donne un noir et blanc »

Le curseur Boost de la palette Primaires - Roues colorimétriques n'est pas un curseur de saturation uniforme. Le manuel le décrit comme une opération de vibrance, qui agit davantage sur les zones peu saturées que sur les couleurs déjà vives, dans un sens comme dans l'autre. Ce n'est pas une conversion régulière, et ce n'est pas le bon outil pour un noir et blanc. Prends la Saturation ou le Mixeur RGB.

« Le noir et blanc rattrape une image ratée »

C'est même plutôt l'inverse. En couleur, les teintes séparent les éléments d'une image même quand le contraste est faible. En noir et blanc, il ne reste que la clarté. Une image plate, mal exposée ou sans séparation entre le sujet et le fond devient encore plus plate une fois désaturée. Le noir et blanc pardonne une couleur difficile, une peau verdâtre, une lumière mixte. Il ne pardonne pas une lumière ratée.

« Ce qu'on corrige avant la conversion ne sert à rien »

Faux, et c'est même l'inverse. Le manuel rappelle que l'ordre des nœuds affecte le résultat. Une correction placée avant la conversion modifie les valeurs des canaux que le mixeur va mélanger, donc elle modifie les gris. Ce qui disparaît, c'est la couleur visible, pas l'effet de la correction.


Erreurs fréquentes

Voici celles que je vois revenir le plus souvent, et que j'ai faites moi aussi.

Désaturer avant le mixeur

La saturation à 0 dans un nœud amont, puis le Mixeur RGB dans un nœud aval : les trois canaux arrivent identiques, et les curseurs du mixeur ne font plus qu'éclaircir ou assombrir l'ensemble. Choisis une méthode, pas les deux.

Laisser dériver la somme des curseurs

Tu montes le rouge pour assombrir le ciel, sans compenser ailleurs. L'image s'éclaircit globalement, les blancs se mettent à brûler, et tu ne comprends pas pourquoi. Garde un œil sur la somme de tes trois dosages, autour de 1,00, et sur la forme d'onde.

Pousser un canal abîmé

Un canal poussé au-delà de 1,00 amplifie son bruit et ses défauts de compression. Regarde toujours le canal seul avant de lui donner plus de poids, et zoome sur les zones sombres après le réglage.

Monter le contraste sans les scopes

Sur un écran trop lumineux ou mal réglé, tu peux boucher tes noirs ou brûler tes blancs sans t'en rendre compte. La forme d'onde, elle, ne ment pas. C'est d'autant plus vrai en noir et blanc, où la répartition des gris est toute l'image.

Des courbes trop raides

Un point de courbe trop brusque, ou deux points trop proches, et c'est la cassure de dégradé dans le ciel. Préfère plusieurs petits mouvements à un seul gros.

Teinter au mauvais endroit

Tu ajoutes un ton sépia dans un nœud placé avant la conversion, et il disparaît. Ou au contraire, une correction de couleur oubliée après la conversion laisse une dominante dans ton noir et blanc. Rappelle-toi la règle : avant, ça change les gris ; après, ça teinte.

Une couleur sélective qui bave

Un liseré coloré autour de l'objet, des lèvres qui restent rouges, un panneau au fond qui garde sa couleur : adoucis la sélection, ajoute une Power Window pour restreindre la zone, et lis ton plan en entier, pas seulement la première image.


Gratuit ou Studio ?

La réponse est rassurante : presque tout ce que tu viens de lire fonctionne dans la version gratuite de DaVinci Resolve. La Saturation, le Mixeur RGB et son mode Monochrome, les courbes personnalisées, les Power Window, le Sélecteur, le nœud inversé, le mode Timeline de l'arbre des nœuds, le plan d'effet, le nœud partagé et les images clés sont tous disponibles sans licence. Le chapitre du manuel consacré au Mixeur RGB ne porte aucune mention « Studio Version Only ».

Ce qui est réservé à DaVinci Resolve Studio dans cet article tient en trois outils :

Aucun des trois n'est indispensable à un beau noir et blanc. Le grain se remplace par un scan superposé, le Magic Mask par le Sélecteur et une Power Window. Le cœur du noir et blanc, la conversion et le contraste, est entièrement gratuit. Si tu hésites à passer à Studio pour d'autres raisons, j'ai comparé les deux éditions dans cet article gratuit ou Studio.


Conclusion

Passer un clip en noir et blanc dans DaVinci Resolve prend trente secondes. Réussir un beau noir et blanc demande quelques décisions de plus, et c'est précisément ce qui le rend intéressant.

Récapitulons. Un : la saturation à 0 donne exactement le même résultat que le Mixeur RGB en Monochrome à ses valeurs par défaut, 21, 71 et 7, la pondération Rec.709 de l'œil humain. C'est un excellent point de départ, pas une fin. Deux : le Mixeur RGB te rend le choix. Regarde tes trois canaux un par un, puis compose ton mélange en gardant la somme autour de 1,00. Trois : inspire-toi des filtres colorés des photographes. Le rouge assombrit le ciel, le vert éclaircit la végétation, le bleu durcit la peau. Quatre : respecte l'ordre des nœuds. Corrections de base, conversion, contraste, retouches locales, finitions. Cinq : sculpte le contraste, parce qu'en noir et blanc c'est ta seule façon de séparer les choses. Six : pour un film entier, pose ta conversion une seule fois en mode Timeline.

Et surtout, garde en tête l'idée de fond : un noir et blanc ne se subit pas, il se décide. Le logiciel te propose un mélange par défaut ; c'est à toi de dire ce qui doit être clair, ce qui doit être sombre et où le regard doit aller. C'est exactement la même logique que tout l'étalonnage : tu observes, tu décides, puis tu corriges. Les curseurs ne sont que les mains. Le jugement reste le tien.

Si tu veux voir tout le parcours de l'étalonnage en mouvement, de la lecture des scopes au raccord entre deux plans, ma masterclass étalonnage gratuite fait le chemin de bout en bout. Et si tu bloques sur un réglage, dis-le-moi en commentaire sous cet article : c'est souvent la question d'un lecteur qui devient le tuto suivant.

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FAQ

Comment mettre en noir et blanc sur DaVinci Resolve ?

Sur la page Étalonnage, ajoute un nœud en série (Alt+S, ou Option+S sur Mac). Dans la palette Primaires - Roues colorimétriques, descends le curseur Saturation de 50 à 0 : l'image est en noir et blanc. Pour choisir toi-même comment chaque couleur devient un gris, remets la Saturation à 50 et coche plutôt la case Monochrome de la palette Mixeur RGB, puis règle les curseurs rouge, vert et bleu.

Quelle différence entre la saturation à 0 et le Mixeur RGB en Monochrome ?

Aucune, tant que tu ne touches pas aux curseurs. Le manuel de DaVinci Resolve 21 précise que le mode Monochrome part des valeurs 21, 71 et 7, les coefficients de luminance de la norme Rec.709, et que ce mélange produit un résultat identique à la saturation à 0. La différence, c'est que le mixeur te laisse ensuite modifier les dosages, alors que la saturation à 0 impose toujours le même.

Faut-il DaVinci Resolve Studio pour faire du noir et blanc ?

Non. La Saturation, le Mixeur RGB en Monochrome, les courbes, le Sélecteur, les Power Window, le mode Timeline et les images clés sont disponibles dans la version gratuite. Seuls quelques outils de finition sont réservés à Studio, notamment l'effet Film Grain des Resolve FX et le Film Look Creator, marqués « Studio Version Only » dans le manuel 21.

Comment garder une seule couleur dans une vidéo en noir et blanc ?

Ajoute un nœud et isole la couleur à garder avec la pipette du Sélecteur - HSL. Fais un clic droit sur ce nœud, Ajouter un nœud, puis Ajouter un nœud inversé. Dans ce nœud inversé, descends la Saturation à 0 : tout passe en noir et blanc sauf ta sélection. Adoucis la sélection et ajoute une Power Window si d'autres éléments de la même couleur restent visibles.

Comment passer toute la timeline en noir et blanc d'un coup ?

Sur la page Étalonnage, utilise le menu déroulant en haut à droite de l'arbre des nœuds pour passer de Plan à Timeline, puis fais ta conversion : elle s'applique à tous les plans en même temps, et tu peux la réajuster quand tu veux. Pour une seule séquence, pose plutôt un plan d'effet au-dessus des plans concernés sur la page Montage, puis étalonne ce plan d'effet.

Comment faire passer une vidéo progressivement de la couleur au noir et blanc ?

Ouvre le panneau Images clés de la page Étalonnage. Sur la piste Étalonnage de ton nœud, ajoute une image clé avec la Saturation à 50 au début de la transition, puis une seconde avec la Saturation à 0 à la fin. DaVinci anime le passage entre les deux. Si ta conversion passe par le Mixeur RGB, anime plutôt la force du nœud, de 0 à 1,00.

Comment rendre un noir et blanc plus cinématographique ?

Commence par choisir tes gris au Mixeur RGB, par exemple avec un filtre rouge ou orange émulé pour assombrir le ciel. Sculpte ensuite le contraste avec Contraste, Pivot et une courbe en S, guide le regard avec des Power Window, puis ajoute une légère texture. Un noir et blanc cinématographique vient surtout de la lumière du tournage et de la séparation entre le sujet et le fond.

Peut-on coloriser une vidéo en noir et blanc avec DaVinci Resolve ?

Pas de façon automatique : le manuel de DaVinci Resolve 21 ne documente pas d'outil de colorisation. Une image en noir et blanc ne contient plus d'information de couleur, donc on ne peut pas « annuler » la désaturation. Tu peux teinter l'image, ou colorer des zones à la main avec le Sélecteur et des Power Window, mais c'est un travail long. Si tu as gardé l'original en couleur, il suffit de désactiver ton nœud de conversion.

Pourquoi mon noir et blanc paraît-il plat ?

Le plus souvent, parce que deux zones de couleurs différentes sont devenues le même gris, et qu'aucun contraste ne les sépare plus. Ouvre le Mixeur RGB en Monochrome, regarde tes trois canaux un par un, et choisis un mélange qui sépare ton sujet de son fond. Sculpte le contraste seulement après, avec la Forme d'onde ouverte.